Idées spirites et avenir

ANNA BLACKWELL

DE L'EFFET PROBABLE DU PROGRES DES IDEES SPIRITES SUR LA MARCHE SOCIALE DE L'AVENIR

PARIS LIBRAIRIE DE LA REVUE SPIRITE 7, RUÉ DE LILLE.

AVIS DES ÉDITEURS

L'Essai que nous offrons à nos lecteurs vient d'obtenir, à l'unanimité, la médaille d'or, dans un concours institué par l'Association britannique des Spiritualistes.

Cet Essai, présentant dans quelques pages les plus grandes vérités, sous une forme nouvelle, originale et érudite, nous avons la conviction que nos lecteurs nous sauront gré de l'avoir reproduit en français, imitant ainsi nos frères spirites de plusieurs autres pays qui l'ont traduit dans leur langue respective.

ESSAI

Nos « institutions sociales » sont l'expression de nos « croyances. » Cette proposition est d'une vérité si évidente, que nos lecteurs nous approuveront sans doute de la prendre comme point de départ, et de procéder, sans plus ample préambule, à l'examen des conséquences qui résultent de l'admission du fait de corrélation entre les convictions philosophiques et les formes sociales.

Si nous admettons que nos croyances sont la source de nos institutions, il nous faut admettre aussi que ces dernières doivent changer nécessairement à chaque modification apportée dans les premières ; et, comme ce que nous avons l'habitude d'appeler l'ordre établi » est fondé sur des « croyances » religieuses, philosophiques et scientifiques, qui s'écroulent de toutes parts, nous devons admettre en outre que cet « ordre » doit nécessairement partager la destinée des conceptions théoriques sur lesquelles il a été bâti, et que l'époque actuelle est, par conséquent, par-dessus tout, une époque de transition. Le seul fait de transition implique à la fois l'abandon de notre état actuel et l'existence de quelque nouvel état auquel nous mène cette transition : nous ne pouvons donc éviter de conclure que passer toutes les croyances au creuset de l'examen et de l'analyse, - ce qui est un des caractères distinctifs du temps présent, - c'est non-seulement effectuer une décomposition des éléments de la société, telle qu'elle a existé jusqu'à ce jour, mais encore préparer une recombinaison prochaine de ces éléments arrivant à quelque nouvelle forme de convictions acceptées, qui seront la croyance » et, par suite, détermineront l'évolution sociale de l'avenir.

Bien qu'une transformation aussi radicale doive nécessairement amener des changements dont la somme dépasse les limites de notre prévoyance, son immense importance nous engage à faire un sérieux examen de ce qui se passe en ce moment autour de nous, pour y chercher les indices capables de nous éclairer, au moins sur la tendance générale du mouvement de la pensée humaine qui s'opère en ce moment.

Le coup d'oeil le plus superficiel jeté sur l'état actuel de l'opinion suffit à nous montrer que l'effet immédiat de la décomposition, à laquelle sont maintenant

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soumises toutes les vieilles formules de la pensée humaine, se trouve d'abord dans la rapide extension du matérialisme théorique, qui nie l'existence de l'élément spirituel de l'univers, comme corollaire de sa négation de l'existence d'un Créateur intelligent, et ensuite, comme conséquence pratique de cette négation théorique, dans la substitution des appétits et des intérêts personnels aux mobiles plus nobles fournis par les convictions spiritualistes. Il serait facile de démontrer que l'application d'une théorie telle que le matérialisme aurait pour résultat nécessaire la destruction, non-seulement de ce que nous appelons « la société, » mais de l'espèce humaine elle-même; il est dès lors naturel que la perspective de détérioration et de ruine qui se présente ainsi remplisse d'épouvante l'esprit de ceux qui n'ont point encore appris à regarder tous les états comme essentiellement transitoires, et à voir dans tous les modes de dissolution une simple destruction de formes périssables qu'avaient revêtues temporairement les éléments impérissables, une simple mise en liberté de ces éléments, préliminaire indispensable de leur recombinaison dans quelques nouveaux modes d'union temporaire.

Mais la dissolution » des vieilles idées, dont la prépondérance du matérialisme est actuellement le résultat le plus net, semble, à qui examine attentivement le sujet, n'être pas une exception à la loi consolatrice de l'ordre providentiel qui fait de ce que nous appelons « mort » l'avant-coureur et le précurseur de ce que nous appelons « vie. » Car la négation matérialiste d'un pouvoir créateur et souverain distinct de la création : d'âme et de devoir humain, de responsabilité et de destinée, est moins une négation de ces intuitions fondamentales de l'esprit humain, qu'un rejet des conceptions théoriques, arbitraires et fantaisistes, sur lesquelles on les a présentées ; et l'hypothèse matérialiste devrait dès lors être regardée comme une simple phase passagère de la réaction de la science moderne contre de vieilles idées, encore debout, mais qui doivent nécessairement être balayées avant que ces éléments fondamentaux de la croyance humaine puissent être établis sûrement sur le terrain solide de la certitude scientifique et rationnelle.

Ces conceptions, en effet, n'admettant, pour les divers ordres d'êtres, aucune origine, aucune destinée communes, et, par conséquent, ne reconnaissant aucune identité de but dans les évolutions de l'existence - mais au contraire classant ces êtres en catégories à jamais distinctes, et substituant à une coopération ordonnée d'avance de permanents antagonismes, - empêchent de découvrir la seule base sur laquelle la croyance au Créateur et à l'immortalité de l'âme puisse s'établir d'une manière raisonnée et solide.

La protestation matérialiste à cet égard rend donc un immense service aux idées qu'elle cherche à détruire, car elle prépare à son insu la voie à l'établissement d'une théorie unitaire dont le besoin commence à se faire sentir généralement, bien que vaguement; théorie qui combinera tous les faits de l'existence en une grande synthèse commune, et fournira ainsi la clef du problème des origines et des fins, dont les recherches les plus subtiles n'ont pas réussi jusqu'ici à trouver la solution. Or, c'est seulement par la solution de ce problème que nous pouvons arriver à croire raisonnablement à l'existence d'un Créateur bienfaisant et régulateur de l'univers, et à accepter raisonnablement les conséquences morales si

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importantes qui découlent de cette croyance; il est donc évident que tout ce qui tend à saper ces conceptions arbitraires et erronées prépare le terrain pour l'établissement du Théisme Scientifique qui, seule garantie certaine de l'éternelle persistance du principe spirituel, seule base solide de la science physique, seul guide certain vers l'élucidation des questions sociales, est le besoin le plus urgent de ce jour.

En réalité, le matérialisme moderne prépare cette synthèse à son insu. Poussé, par l'identité de leurs constituants chimiques et de leurs phénomènes vitaux, à attribuer une origine et une destinée communes aux divers ordres d'êtres qui peuplent notre globe, et incapable de les unir sur un terrain commun de spiritualité, le matérialiste essaye de les unir sur un terrain commun de matérialité. Le monde visible est un champ d'observation trop étroit pour y construire une théorie qui puisse réconcilier les faits de la vie et le fait de la mort avec la croyance à un Créateur bienfaisant et régulateur du monde. Une telle croyance impliquant forcément l'admission d'un élément spirituel distinct de la matière, le matérialiste s'efforce, en éliminant cette croyance et par conséquent en niant l'existence d'un élément spirituel, d'unir ces deux ordres d'êtres et de faits dans une formule commune. Comme il ne voit que la matière, il la prend pour base de ses spéculations. En attribuant à la matière la propriété de force, il en fait la cause du mouvement ; et en lui attribuant les propriétés psychiques, il en fait la source des phénomènes immatériels.

Ne pouvant pas imaginer un commencement de l'univers matériel, il attribue à la matière l'impulsion régulatrice de ses évolutions, impulsion intelligente et préétablie, qui, régissant les éléments inintelligents et instables de la matière, est à la fois l'effet et la preuve d'une direction supérieure à ces éléments.

En confondant ainsi l'effet et la cause, le matérialiste arrive à doter la matière de la vie propre qui est la caractéristique distinctive du Créateur. Niant - ou attribuant à de prétendues « propriétés de la matière » - tous les faits qui indiquent la concurrence de l'âme, de la force et de la matière dans les phénomènes de l'existence, et l'action d'une intelligence absolue dans la coordination de ces trois éléments constitutifs de l'univers, le matérialiste arrive à une base de raisonnement qui semble être unitaire, mais qui n'est unitaire qu'en apparence; et il bâtit sur cette base incomplète et illusoire une théorie de l'existence qui, en tant qu'essai pour arriver à la formation de la synthèse unitaire qui sera le flambeau de l'avenir, constitue un progrès sur les antagonismes théoriques du passé, mais qui est en réalité aussi incomplète et aussi creuse que les diverses conceptions sans fondement qu'elle a remplacées.

Mais de même que le soleil, malgré les vapeurs terrestres qui voilent sa splendeur, continue à accomplir sa fonction bienfaisante comme régulateur et nourricier du système des mondes tournant autour de lui, de même la souveraineté divine, laissée indemne par le déni des hommes, fournit le remède approprié à l'aberration matérialiste, en donnant aux esprits des prétendus « morts » le

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pouvoir de nous prouver d'une façon irrécusable leur existence continuée au delà de la tombe. Juste au moment où l'éclat éblouissant des découvertes physiques des dernières années l'aveugle sur l'existence d'un principe spirituel, cette souveraineté fournit au monde les preuves visibles et tangibles de la réalité et de l'universalité de ce principe, qui assiéra nos convictions au sujet de l'élément spirituel de notre nature complexe sur la même base scientifique et positive qui sert de point d'appui à nos convictions au sujet des faits de notre existence physique. L'authenticité de ces preuves, affirmée de nos jours par des millions d'observateurs éparpillés sur toute la terre, est absolument certaine pour tous ceux qui se sont donné la peine d'observer par eux-mêmes; et comme le cercle de ceux-ci grandit avec une rapidité sans égale dans les annales du monde intellectuel, il est évident, dès à présent, que cet ordre de faits est destiné à devenir, dans un avenir prochain, la seule base pratique, inébranlable, prolifique, de la doctrine qui reconnaît la présence d'un autre élément que la matière dans les phénomènes de l'existence.

Il est évidemment impossible d'attribuer trop d'importance à l'influence que l'établissement d'une communication intelligente, entre la terre que nous habitons et le monde des esprits, doit nécessairement exercer sur la nouvelle phase de conviction vers laquelle nous tendons, malgré les circonstances qui, à première vue, semblent devoir diminuer la valeur des résultats qu'on peut espérer obtenir de cette communication.

Les deux régions d'existence qu'offre notre planète étant deux parties intégrales d'un même tout, il nous faut admettre que toutes les deux sont soumises à la même loi de progrès lent et graduel. Nous devons donc nous attendre à trouver, comme c'est évident pour ceux qui ont suivi le mouvement spirite, que l'ignorance des principes généraux, la persistance des préjugés et de l'erreur, et les raisonnements basés sur les impressions, les suppositions et les spéculations personnelles, sont aussi nombreux de l'autre côté de la tombe que de celui-ci. Le semblable attirant le semblable, il est évident que chaque médium n'attirera d'ordinaire que des esprits de même avancement que lui-même, et que les difficultés inhérentes à l'art de la manifestation, du côté des esprits, doivent nécessairement empêcher, à présent et peut-être pour longtemps encore, la libre et correcte transmission de la pensée des régions supérieures du monde des. esprits. Mais il est également évident que, malgré ces obstacles, -- qui sont dus à l'infériorité générale de notre planète, et dont on ne pourra se défaire que par le progrès graduel des deux classes de sa population, c'est-à-dire des âmes incarnées et des âmes désincarnées, - la communication établie maintenant de toutes parts entre la surface de la terre et le monde des esprits doit néanmoins exercer une influence déterminante sur son développement à venir.

En premier lieu, cette communication prouvera la survivance de l'âme entière avec son activité et ses affections après la mort du corps, survivance à laquelle la grande majorité de l'humanité n'ajoute encore aucune croyance réelle, et qui n'a, par conséquent, aucune influence sur ses actions. Il est vrai que cette survivance

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ne suffit pas à prouver l'indestructibilité de l'âme, car la prolongation de son existence à travers quelques centaines, quelques milliers ou même quelques millions d'années, n'est d'aucune manière une preuve certaine qu'elle se prolongera à travers l'éternité; ce qui ne peut être prouvé d'une manière incontestable que par une théorie unitaire de l'existence. Pourtant, si la communication intelligente entre les hommes et les esprits ne devait pas avoir d'autre résultat que de montrer que l'âme ne meurt pas avec le corps, et qu'il n'y a par conséquent aucune impossibilité inhérente à l'idée que l'âme est destinée à durer éternellement, le fait de cette communication entre les deux mondes serait encore incomparablement plus intéressant en lui-même, et plus important dans son influence sur les croyances et l'évolution futures de l'humanité, que toutes les découvertes purement physiques qui sont la gloire de la science positive d'aujourd'hui.

Mais la communication en question est, évidemment, destinée à amener un résultat beaucoup plus important que le simple établissement de la présomption, en faveur de notre existence éternelle, qui peut se déduire de la survivance de l'âme pendant une période plus ou moins longue après la mort du corps. Bien qu'il soit évident que la plupart des communications médianimiques doivent n'être qu'un reflet des idées présentes des esprits qui sont le plus près de la région habitée par les hommes, et les médiums vers lesquels ils sont sympathiquement attirés, néanmoins, il est également évident que, par la généralisation de la médianimité, les grands esprits - qui ont fourni leur carrière terrestre et qui dirigent la transformation des idées qui s'effectue actuellement dans notre monde - seront à même de choisir les médiums les plus aptes à leur servir d'instruments pour la transmission des idées qu'ils peuvent avoir à nous suggérer. De cette manière, ces intelligences d'élite nous aideront à achever l'explication générale du plan créateur qui - devant nécessairement embrasser les relations du présent avec le passé et l'avenir, et celles de notre terre et de ses races avec les autres globes et les autres êtres de l'univers - ne peut jamais être élaboré par les seuls efforts d'observation et d'induction humaines; car il est évident que nous ne pourrons arriver à cette explication, qu'avec l'aide de ceux à qui leur avancement supérieur permet de prendre, sur les arrangements providentiels, une vue plus large qu'on ne peut le faire de la terre. Cette explication, élucidée et confirmée par les découvertes progressives de la science, nous éclairera sur la nature et les conditions de l'existence de l'âme, et nous donnera ainsi tout à la fois la raison et la certitude de la durée éternelle de chaque âme individualisée, comme but et résultat de ces arrangements.

La supposition d'un pareil enseignement, nous arrivant d'êtres placés à un point de vue plus élevé que celui de notre vie présente, comme conséquence que fait naturellement prévoir la communication établie maintenant entre les esprits et les hommes, présuppose nécessairement l'impossibilité pour nous de connaître d'avance, en leur entier, les idées qui nous seront graduellement communiquées par cet enseignement. Mais il est évident que, dans le but de nous mettre sur la trace de la théorie unitaire cherchée maintenant, plus ou moins sciemment, par les

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penseurs les plus avancés, cet enseignement supérieur doit faire trois choses :

1. Il doit prouver l'origine, la loi de développement et la destinée communes de toutes les créatures de l'univers, depuis la plus inférieure jusqu'à la plus élevée, en montrant que toutes les formes de souffrance et d'effort, de vie et de mort, résultent de cette communauté d'origine et de destinée, et ont lieu en vertu d'un plan unitaire et d'un dessein qui relient ensemble, dans une chaîne sans fin de progrès, tous les règnes, modes et régions de la création.

2. Il doit démontrer la sagesse, la justice et la bienfaisance du gouvernement divin, en nous montrant : (a) que les divers ordres d'êtres constituent les anneaux successifs d'une seule et même chaîne; (b) que leurs différences corporelles et leurs inégalités intellectuelles marquent des degrés successifs de la même échelle générale de développement, des étapes successives de la route commune vers le but commun; et (c) qu'ils ne nous semblent être hétérogènes que parce que nous les voyons tous en même temps et en dehors de la suite naturelle de leur production, et que nous sommes par conséquent incapables de percevoir la filiation régulière suivant laquelle nous verrions qu'ils ont été produits, si notre coup d'oeil pouvait embrasser l'origine, la carrière et la fin de notre planète, et les rapports de ses races avec les autres mondes et les autres êtres de l'univers. Car une théorie unitaire de l'existence doit nécessairement nous montrer que l'univers est une unité; - que la création n'est pas locale mais générale, n'est pas un acte mais un processus dont l'unique but est de développer et d'éduquer l'âme par l'action qu'elle est amenée à exercer sur les éléments de la matière, selon le plan de la création; - que l'âme est le principe formateur de toutes les agglomérations temporaires de ces éléments que nous appelons « corps, » et que tous les « corps » naturels, du plus simple au plus complexe, du plus inférieur au plus élevé, ne sont que des résultats temporaires de l'action passée ou présente de l'âme sur l'élément matériel, aux divers états de développement par lesquels elle passe; - par conséquent, qu'il n'y a pas d'univers fixe et stable, mais seulement une succession de phénomènes temporaires, constitués actuellement par l'action de l'âme, et que la durée d'une nébuleuse avec ses myriades innombrables de soleils et de planètes est aussi changeante et passagère, considérée dans son rapport avec l'éternité, que celle de l'éphémère qui vit et meurt en un seul jour. Cette théorie unitaire doit enfin nous montrer que toutes nos sciences positives , chimie , géologie , astronomie , électricité, minéralogie, botanique, physiologie, histoire naturelle, etc., sont tout simplement le résumé des modes divers de l'action de l'âme, dans les directions spéciales dont elles traitent séparément.

2. Il doit expliquer que le mélange de vérité et de mensonges des diverses « croyances » du passé a été le résultat des imperfections des phases du développement humain dans lesquelles elles ont pris naissance; et il doit prendre la place de ces « croyances, » non en détruisant, mais en réalisant leurs aspirations, comme les aspirations du travail de la racine, de la tige et de la fleur ont leur réalisation dans le fruit.

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Jetons maintenant un coup d'oeil rapide sur les conséquences qu'on peut déduire de l'idée de la synthèse unitaire vers laquelle, ainsi que nous l'avons vu, tend le mouvement intellectuel de nos jours, d'abord quant à la croyance et puis quant aux formes sociales, de l'avenir.

1. L'idée d'une théorie unitaire de l'existence présuppose nécessairement le fait d'un plan unitaire dans la production et la conservation de l'univers, et implique ainsi l'éternelle continuité de l'action créatrice par laquelle nous, et tous les autres ordres de créatures, avons été appelés à la vie, et l'éternelle continuité de cette loi de développement commune qui nous régit ainsi qu'eux : -

2. La continuité de l'action créatrice implique qu'il n'y eut jamais, dans l'éternité du passé, une période où les créatures d'une création antérieure n'eussent déjà atteint à la « perfection » relative, dans la science, l'amour et la puissance, qui est le but suprême de la création et la source du bonheur de toutes les créatures : -

3. Cette « perfection » relative atteinte par les esprits des créations antérieures implique l'emploi de ces esprits relativement « parfaits » dans des champs d'activité cosmique proportionnés, en grandeur et en importance, au degré de leur avancement scientifique et moral : -

4, Le fait que les créatures des créations antérieures ont atteint ces champs élevés d'activité (« les Trônes, les Principautés, les Puissances » à qui, comme à des ministres de ses volontés, le Créateur a confié l'administration pratique de l'univers) implique cette autre conséquence que nous et les autres créatures de la création actuelle, à laquelle notre terre et ses habitants appartiennent, arriverons au degré de supériorité auquel sont déjà arrivées les créatures des créations antérieures, et, qu'après nous, y arriveront également les créatures des créations innombrables à venir qui doivent se succéder à travers l'éternité :

5. L'accès du même degré de perfectionnement, par toutes les créatures de l'univers, implique que toutes ces créatures ont passé par les mêmes degrés successifs de développement, et confirme ainsi la plus antique notion religieuse de notre globe, telle qu'elle se trouve dans les plus anciens de ses « livres sacrés, » qui déclarent expressément que « parents, bêtes, pierres, végétaux sont un; ce qu'ils sont, un homme l'a été (voir les Triades Druidiques; la Bhâgavata-Gita, etc.) : » déclaration qui revient à dire que ce qu'un homme est, ces êtres le seront : -

6. Et cette communauté d'origine, d'avancement et de destinée, implique à son tour les deux grandes doctrines consignées, avec plus ou moins de clarté, dans toutes les « Bibles » du monde et dans les écrits des plus grands penseurs, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours. Ces doctrines sont : (a) la préexistence de l'âme au corps qu'elle anime, et (b) la progression graduelle de l'âme en

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science, vertu, puissance et bonheur, par l'effet même d'incarnations successives sur la même planète ou sur des planètes plus ou moins élevées, jusqu'à ce qu'elle ait atteint un degré de développement spirituel, moral et corporel, qui l'élève audessus du besoin de s'unir postérieurement à quelque matière planétaire que ce soit, et l'initie aux modes d'existence plus nobles que nous font entrevoir, bien qu'obscurément, toutes ces Bibles, » comme l'existence glorieuse que tous nous devons atteindre, mais dont nous sommes absolument incapables de former la moindre conception, dans notre état présent d'abaissement.

Aucune théorie ne pourrait se dire unitaire, si elle ne remplissait pas les conditions exposées ici; elle ne pourrait, par conséquent, satisfaire au besoin intellectuel de notre temps : car aucune autre ne pourrait expliquer les affinités et la constructivité dans le règne minéral; la vitalité, la digestion, la circulation, le sommeil et la veille, les activités, les préférences, les efforts, les maladies et la mort, dans le règne végétal; l'intelligence, les passions et les souffrances, dans le règne animal; les conditions inégales, les afflictions, les aspirations, la progressivité, dans la race humaine; et la persistance, dans les règnes supérieurs, des caractères spéciaux aux règnes inférieurs. Sans cette explication cohérente et synthétique, il est impossible de démontrer l'existence d'un tout-puissant et bienfaisant Auteur, Régulateur et Gouverneur de l'univers, - de démontrer l'existence d'une unité, de nature ou de destinée, entre les êtres des divers règnes de notre planète ou entre ceux-ci et les autres êtres de l'univers, - de justifier la conception de la fraternité de la race humaine, - ou de concevoir la sublime synthèse de tous les s possibles de l'activité humaine, tels que le _Christ les a réunis dans la prière prophétique, que la « volonté » du Créateur soit faite sur la terre comme elle est faite dans les mondes plus avancés, dont les habitants ont appris à mettre en pratique la leçon d'obéissance volontaire, aux lois imposées par la puissance créatrice, que nous sommes actuellement en train d'apprendre dans la discipline de notre vie terrestre. Toutes ces conceptions, si elles ne sont pas assises sur la base solide d'une théorie unitaire de l'existence, ne peuvent être regardées que comme de simples fictions de l'imagination, sans fondement réel.

Il est évidemment aussi impossible de prévoir les détails des institutions sociales qui prendront naissance dans la phase de croyance » unitaire vers laquelle nous tendons, que de prévoir toutes les idées qui seront comprises dans cette « croyance. » On peut cependant affirmer, avec certitude, que ces institutions procéderont des expériences et des aspirations de notre passé, dont elles seront le complément et le couronnement, et que cependant elles différeront de celles du passé autant que nos convictions à venir différeront de nos « croyances » actuelles. Les institutions du passé procédaient d'une théorie de diversités et d'antagonismes que l'on supposait à tort inhérents à la nature des choses, et attribuaient une importance exagérée aux conditions présentes d'une vie terrestre que l'on supposait être pour chacun la seule vie; aussi ces institutions ont-elles personnifié l'égoïsme individuel et social impliqué dans ces suppositions. Mais les institutions de l'avenir procéderont d'une théorie de l'existence qui nous montrera toutes les créatures de l'univers passant successivement par les mêmes étapes,

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étant parties d'un seul et même point, suivant une seule et même voie, et devant atteindre une seule et même destinée; splendide synthèse dans laquelle les diversités apparentes et temporaires tendent toutes vers un but commun, et dans laquelle les intérêts de chacun sont inséparables de ceux de tous: aussi ces institutions sont-elles l'application pratique de cette conviction que, nonseulement la bienveillance active est bien réellement le seul «accomplissement de la loi» de la création, mais encore, que nous ne pouvons assurer nos intérêts propres, et notre bonheur individuel, qu'en substituant aux arrangements divergents et antagonistes qui font de TOUS les rivaux et les ennemis de CHACUN, les arrangements convergents et coopératifs 'qui assureront à CHACUN l'aide et le concours de TOUS.

On peut donc prédire, en toute certitude, que l'individualisme et l'antagonisme, qui ont caractérisé l'organisation sociale du passé, seront suivis de l'application du principe de coopération, comme caractéristique de l'organisation sociale à venir. Personne actuellement ne voudrait contester la puissance qu'on peut obtenir par l'union des volontés et des efforts dans la réalisation d'un but donné; et c'est à peine si quelques-uns se doutent encore de la grandeur prodigieuse des résultats économiques qu'on obtiendrait, au double point de vue de la production et de la distribution de tous les éléments du bien-être humain, en appliquant, à tous les intérêts et à toutes les occupations de la vie, le principe de coopération et d'aide mutuel. Si l'espace le permettait, il serait aisé de montrer que, de même que tous les maux de l'ordre moral résultent de la substitution de l'égoïsme au sentiment de la justice et de la charité, de même tous les maux de notre ordre social résultent de la substitution de l'individualisme et de l'antagonisme à la coopération et à l'aide mutuel; d'où il suit que ces maux ne peuvent être traités avec succès qu'en remplaçant l'individualisme par la coopération.

L'ignorance, l'injustice, la misère, la brutalité, le paupérisme, la prostitution, le prolétariat, la guerre, les vices, les maladies, doivent fatalement produire leurs effets naturels : et si nous devons nous féliciter des efforts philanthropiques de toutes sortes qui de nos jours essayent d'améliorer ce qui est radicalement mauvais, c'est surtout parce que ces tentatives nous conduiront nécessairement, avec le temps, à reconnaître qu'il est impossible de diminuer les maux de notre état social, autrement qu'en nous délivrant des causes auxquelles ils sont dus. Et pour quiconque réfléchira sans passion à la nature de ces maux et aux conditions requises pour les détruire, il est clair qu'un pareil résultat ne pourra être atteint qu'en adoptant un genre de vie capable d'assurer à chaque membre de la famille humaine le plein et entier développement de sa nature physique, intellectuelle, artistique et morale, en même temps qu'il assurera à chacun une sphère d'activité, appropriée à ses facultés individuelles, dans laquelle il contribuera au bien et à l'intérêt général, en même temps qu'il bénéficiera de tout ce qu'ont créé l'industrie, l'art, la science et le génie des autres membres de la grande famille humaine.

Pratiquez ma simple doctrine de fraternité et de charité, » a dit le grand Maître il y a dix-huit cents ans, « et tout le reste vous sera donné par surcroît; » en d'autres termes, tandis que la recherche exclusive de son propre intérêt, de la part de chaque

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individu, est nécessairement fatale à cet intérêt même, l'application des principes de fraternité et d'aide mutuel que le XIXe siècle désigne nettement par le seul mot de coopération, donnera à tous le confort, la santé, la science, l'élégance, la sécurité.

L'application à la vie sociale de principes qui sont universellement acceptés en théorie, mais universellement rejetés en pratique, ne peut se faire que graduellement, par des essais répétés, et avec l'aide de l'expérience résultant des insuccès partiels et temporaires. Mais, bien qu'une telle transformation de la société doive nécessairement être laborieuse et lente, aucun de ceux qui croient dans la suprématie du bien sur le mal, aucun de ceux qui voient les premières lueurs de l'aurore à travers l'obscurité du présent, ne peut douter que cette transformation ne se fasse, et dans la voie indiquée par le Christ lui-même, c'est-àdire par l'application du principe de mutualité à chaque circonstance de la vie humaine; mais il est évident qu'une telle application de la loi de fraternité et de charité ne deviendra possible qu'à mesure, et seulement à mesure, que le fait de la communication intelligente entre les âmes incarnées et celles du monde des esprits aura porté ses fruits naturels, en élargissant l'horizon intellectuel de l'humanité et en définissant la vraie nature et le vrai but de l'existence terrestre. Car, les maux de notre état social étant dus, comme nous l'avons vu, aux conceptions étroites de la vie et de la destinée humaines qui ont prévalu jusqu'ici dans le monde, la persistance de ces conceptions éterniserait les conditions défectueuses qui en sont le résultat matériel et effectif. On peut dès lors affirmer qu'une telle transformation des conditions sociales ne peut être accomplie que par la modification des idées, des motifs et des buts humains, qui sera tôt ou tard le résultat nécessaire de cette communication.

La possibilité d'une pareille substitution de la coopération à l'antagonisme étant une fois admise, qui pourrait assigner une limite à l'amélioration de l'existence humaine qui suivrait une transformation aussi radicale de ses conditions sociales ? Les conditions sociales de notre terre étant mauvaises, attirent à elles les âmes peu élevées dont l'infériorité correspond comme suite naturelle aux mauvaises conditions du milieu où elles s'incarnent et qu'elles contribuent à leur tour à perpétuer. Au contraire, l'amélioration des conditions sociales sur la terre y attirera des âmes plus avancées, déjà aptes à profiter de ses meilleures conditions, et par lesquelles cette amélioration de conditions sera portée encore plus loin; jusqu'à ce que notre terre, par l'amélioration résultant de l'effort des générations successives, soit devenue ce séjour de la droiture; de la fraternité et de la paix, annoncé par le Christ en termes brefs mais pleins de promesses.

Quelle imagination de peintre ou de poète pourrait dire la splendeur, la beauté, le bonheur de la vie terrestre dans de telles conditions, purifiée et ennoblie comme elle le serait par la conviction, due à nos rapports avec les esprits d'un ordre plus élevé, que la vie terrestre, même dans des conditions si améliorées, n'est encore que les degrés, le portique, conduisant à une existence supérieure, et que ses plus exquis raffinements n'ont de valeur que pour nous apprendre à atteindre les modes d'existence éthérée qui nous sont réservés au delà de la région des mondes

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planétaires? En effet, comme nous l'avons déjà dit, une telle transformation des conditions sociales de notre terre ne peut s'accomplir que par une transformation de nos « croyances » scientifiques, philosophiques et religieuses, qui nous porte à concevoir autrement la vie humaine. Cette nouvelle conception réduira, d'une part, l'idée que nous nous faisons de l'importance intrinsèque d'une vie terrestre, en nous montrant qu'elle n'est qu'un pas de la route sans fin que nous devons parcourir, tandis que, d'autre part, elle grandira indéfiniment l'idée que nous nous faisons de son importance relative, en nous montrant que l'emploi fait par nous, de chaque phase de notre existence, décide du caractère de la phase suivante de notre éternelle carrière .

IMPRIMERIE D. BARDIN, A SAINT-GERMAIN.