L'humanité malade

de l'asphyxie de son âme

Le Spiritisme, philosophie morale d'application universelle, a en charge le développement de la spiritualité de l'âme, de la conscience et de la personnalité de l'homme ; elle ne peut, dans l'état pitoyable dans lequel se trouve la civilisation, pencher en faveur de régimes, pouvoirs, cultes ou théories quelconques ; tout semble frappé de corruption. L'humanité est à l'évidence tombée dans une passe profonde de décadence pudiquement recouverte de succès technologiques ou scientifiques célébrés publiquement afin d'en faire accepter les retombées catastrophiques sur l'environnement ou le prix à payer au nom du progrès.

Ce progrès est en général profitable aux financiers et accaparé par l'industrie de guerre ; dans l'usage des réalisations nouvelles le sens de l'humain est en général absent.

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Les détenteurs des pouvoirs eux-mêmes, avec esprit de caste ou de classe, chaque fois que l'occasion leur est favorable, tentent de resserrer leurs contraintes sur la foule de ceux dont ils détiennent les conditions de vie, pour qui ils décident et n'ont souvent qu'indifférence ou mépris même ; cette manière de faire étant provoquée par la concurrence sans scrupule régnant dans leur milieu, autant que par les réactions des foules qu'il opprime.

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Le résultat est là ; le développement de toutes les formes du vice, la délinquance, l'insécurité, la remise en cause du sacré, la laideur dans les arts, le badigeonnage cauchemardesque salissant les murs, les véhicules et toute surface publique, le niveau très bas parfois honteux des spectacles, la grossièreté affectée du langage, la destruction de tout ce qui aidait à construire une vie normale utile à l'individu et à la société.

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Les pouvoirs sont devenus internationaux ; les entreprises fusionnent ou s'absorbent, les holdings ou associations énormes de capitaux sont les maîtres des études d'investissement, de l'industrie, des échanges de produits essentiels, de la recherche technique et scientifique. L'orgueil, l'égoïsme, le mépris de toute sensibilité humaine s'étalent dans tous les secteurs de ceux que l'on appelle les "décideurs", secondés dans leurs conceptions inhumaines d'organisation par les adorateurs, les courtisans, les valets, les sbires, les mendiants et les esclaves de la cour du roi argent et de la déesse finance !

Dans une telle anarchie, la part du travail dans la production et la répartition des richesses, est systématiquement dépréciée. Les salaires sont considérés comme une lourde charge, constamment mise en cause avec la tentation de la réduire par l'automatisation dont l'investissement, la mise en œuvre, l'entretien, l'amortissement, l'endettement ont fait disparaître plus d'une entreprise et progresser la plaie du chômage, charge sociale passant au budget de la nation.

Quelques personnages au sommet de l'échafaudage économique dominent tous les autres pouvoirs en une sorte de Directoire restreint suprême de la plus haute finance planétaire, bien au-dessus des gouvernements politiques. Leurs décisions et orientations ne tiennent compte de considérations humaines que dans la mesure où elles ne présentent aucun risque pour leurs intérêts bien compris.

En douterions-nous devant l'ensemble extraordinaire avec lequel l'information est orientée, l'intoxication psychologique du public, la peur, la précarité dans le travail, l'austérité et la menace pour les conquêtes sociales, les jeux, l'illusion entretenue de la richesse facile, la licence des mœurs, les scandales financiers et le marché international de la drogue.

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Les hauts personnages détenteurs des pouvoirs les plus importants sont certainement conscients des risques que les déséquilibres font courir aux institutions dont ils tirent leurs profits ; ils s'en protègent en favorisant le pouvoir répressif ; chacun sait que l'organisation militaire peut être dirigée à la fois contre l'ennemi intérieur ou contre les armées extérieures. Les pouvoirs médiatiques dont les entreprises sont en général leur propriété ne cessent de stigmatiser tout ce qui peut constituer une menace révolutionnaire. Les révolutions sont des aventures et des explosions subites de colère mais dont la responsabilité incombe aux déséquilibres et aux excès causés par ceux qui tentent d'entraver le mouvement d'évolution universel.

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La rédaction d'un tel constat constitue un bien pénible exercice ; il est plus sain et plus heureux de porter l'esprit vers les hauteurs ; il est même possible que certains esprits passifs s'en irritent, dérangés dans leur refuge. D'autres se sentant visés, s'élèveront contre les agitateurs et les fauteurs de troubles.

Il ne peut être question pour les spirites de dresser une partie de l'humanité contre l'autre partie ; toutefois, il est salutaire de mettre au jour les plaies, non pour enflammer tout l'organisme mais pour les débrider et en rechercher la cause et les moyens de les éviter.

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Dans l'état actuel de l'évolution, il est plus que probable qu'une révolution amenant un échange de position entre les nantis favorisés de la richesse et les représentants des déshérités, ces derniers se conduiraient eux ou leurs successeurs, dans peu de temps, exactement comme ceux qu'ils auraient remplacés.

Lorsque l'homme prit conscience de son individualité, il constata ce que lui offrait une nature immense, mais également les possibilités qui étaient les siennes, et, dans la mesure de ses facultés et surtout de sa force de dominer ses semblables et de prendre possession pour son pouvoir personnel de toutes les richesses que le monde pouvait produire.

De cette domination sont nés un orgueil envahissant et une soif de pouvoir, et à l'égard de tous les êtres concurrents le besoin de les contraindre.

A l'encontre de l'individualisme générateur de l'égocentrisme, de l'égoïsme et de la barbarie, il n'y a qu'un remède, le développement, avec effort et persévérance, de la personnalité et de la nature spirituelle de l'homme afin de le dégager de l'emprise de la matière.

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L'orgueil constitue une telle aberration de l'esprit que des savants en sont arrivés à répandre avec autorité des incohérences selon lesquelles l'univers s'est établi tout seul, que du hasard et du chaos, donc sans direction, et de rien, un ordre universel grandiose a pu sortir. L'homme, selon eux, seul être intelligent dans l'univers, démontrera par sa science, l'inanité d'une notion quelconque de divinité !

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Le matérialisme est né de cet orgueil fou ; il tend à étouffer en l'homme son être essentiel spirituel ; il conduit à une barbarie plus grave que celle de l'homme primitif car lui était inconscient et recherchait instinctivement le lien spirituel.

L'esprit matérialiste corrompt les médias ; on célèbre les réalisations de la science les plus catastrophiques pour l'avenir de l'humanité, pourvu que l'on puisse en escompter un alléchant rendement financier. Tout ce qui évoquerait la spiritualité et les vertus humaines est tourné en dérision : le Spiritisme est défiguré, présenté sous la forme d'un occultisme sulfureux, en même temps que le charlatanisme de la "bonne aventure".

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C'est le matérialisme qui est cause de l'exploitation anarchique des richesses de la terre, de la pollution, des spoliations, des brimades, des tromperies, des persécutions, des tueries en vue de l'accaparement des territoires, des biens, et éventuellement des êtres vivants.

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Nous le savons, l'homme n'est pas ce corps de matière qualifiée vivante, du fait que l'homme réel de nature spirituelle et sa personnalité, l'habite et l'anime. L'homme libéré de son corps matériel, redevenu esprit, est constitué pour l'immortalité et la vie hors de la matière libre dans l'espace, son rêve réalisé ! Sur Terre, faut-il subir passivement, se contenter de ce rêve, ainsi que l'enseignent les religions et les sectes religieuses ?

Ce serait un manquement grave aux devoirs du terrien. La nature a été offerte aux hommes dans un aspect perfectible nécessitant des méthodes d'organisation et d'épanouissement ; les mœurs, les besoins sociaux, intellectuels et spirituels sont à améliorer, à perfectionner sans cesse, pour de meilleures conditions de vie ; de grands Esprits s'incarnent en mission sur Terre afin de faire progresser l'humanité ; remarquons que la plupart d'entre eux ont été critiqués, moqués, combattus, certains emprisonnés et suppliciés, à l'instigation des maîtres du moment craignant pour leur pouvoir et leurs privilèges.

Ne soyons pas surpris que le Spiritisme ait été et soit encore l'objet d'attaques qu'une certaine évolution des mœurs conduit à des procédés moins brutaux mais aussi virulents.

Le Spiritisme répond clairement et d'une manière très réconfortante aux questions sur le devenir de l'homme, auxquelles la philosophie ne répond pas, et la religion apporte des réponses désolantes et peu convaincantes. Le spirite sait que des lois divines régissent la progression de l'esprit dans une vie perpétuelle infinie, dans l'amour et la fraternité entre tous les êtres ; ces vertus doivent trouver place dans la conscience de l'homme, comme un automatisme ; un réflexe sans faille et irréversible. Tout ce dont nous souffrons provient de ce que la grande majorité des hommes sont encore loin de cet état. Là est le défaut qui implique le remède !

La seule voie est donc l'évolution des consciences ; les hommes se donnent des institutions en rapport à leur degré de civilisation, à l'ensemble de leurs pensées et de leurs désirs, influençant l'état psychique de notre planète en tant qu'unité vivante, déterminant des réactions parfois brutales, telluriques ou météoriques, aussi bien que sur les événements d'actualité.

Les remèdes propres à assainir les mœurs appartiennent à chacun de nous ; cela consiste en premier lieu, en l'élévation persévérante de notre propre esprit, à travailler à l'assimilation de la doctrine spirite et à son application en profondeur dans notre âme, dépouillée de toutes fantaisies intellectuelles ; cette discipline forme un être dont le rayonnement est communicatif ; l'élévation de l'âme constitue, comme la prière, un appel à l'aide spirituelle dont les forces annihilent les forces nocives du matérialisme et de la barbarie, dans la mesure des efforts méritoires des hommes.

En effet, le matérialisme est la forme moderne de la barbarie dont il faut déjouer les attraits flatteurs pour l'égocentrisme humain, ainsi que tous les artifices qu'il déploie pour couvrir ses intentions maléfiques de détruire les plus sacrées des vénus.

Il ne s'agit pas d'inciter à une vie monastique, au contraire, il faut chercher à la rendre la plus confortable possible pour tous, et plus heureuse qu'elle ne l'est, mais ordonnée, profitable à l'esprit et libre grâce à une discipline librement consentie.

Il faut s'imposer une résistance passive mais intraitable à toutes les menées nuisibles du système, à les déceler avec vigilance car elles sont parfois sournoises. Les Indes se sont libérées d'un joug oppresseur très puissant par la désobéissance et la résistance passive. C'est un moyen très efficace.

Le gaspillage actuel des richesses est une faute grave contre l'humanité lorsqu'une foule manque de l'essentiel à la vie. Efforçons-vous d'éviter des achats et des dépenses frivoles, pour des colifichets, des objets de mode, des publications sans valeur ou pour des coquetteries excessives ; ce sont des milliards qui enrichissent des profiteurs, au détriment de budgets souvent modestes ; défiez-vous et méprisez les publicités fallacieuses.

Sachons résister au plaisir d'entourer de jouets trop nombreux nos enfants qui, blasés, les cassent ou les oublient ; l'éveil des enfants dépend davantage de leurs propres recherches et de leur imagination.

La meilleure manière d'épurer les mœurs est de boycotter définitivement et en le déclarant en toutes occasions, tous les spectacles de violence, de crimes, de passions dégradantes, où la personnalité de la femme est outragée, ce qui se présente couramment. Il faut savoir fermement interrompre une émission au bénéfice d'une communication entre les membres de la famille ou du groupe, agrémentée de rires francs ou encore se livrer à la lecture, ou tout simplement à un sommeil profitable au corps et à l'esprit.

Le Spiritisme est un courant puissant philosophique et moral, irrépressible du fait qu'il va dans le sens du mouvement divin d'évolution ; l'étude sérieuse et assidue de la doctrine amène le spirite à une sagesse et à un état d'être, de paix, de plus en plus proche de celui qui sera le sien dans la vie libre de l'espace. La sensation de fraternité que le spirite ressent vis-à-vis de ses semblables le pousse à travailler à l'amélioration spirituelle générale, avec comme moyen sûr, l'expansion la plus large du Spiritisme pur, dans son intégrité. Dans ce travail pour l'évolution de l'esprit, la tâche doit être poursuivie de génération en génération, car elle est de longue haleine ; les générations à venir, au sein desquelles nous avons toutes chances de figurer, bénéficieront du travail accompli, auquel elles ajouteront leurs efforts nouveaux et c'est ainsi que de progrès en progrès, l'humanité atteindra le but lumineux de son destin spirituel.

(Louis Serré - 1910-2004) - source : Encyclopédie spirite +

https://loh.chez.com/ressources/Fascicules/Louis_SERRE_humanite_malade.pdf